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Profitons-nous de la hausse du dollar ?

La logique voudrait qu’un dollar plus fort se traduise par des prix plus bas pour les Canadiens. Qu’en est-il ?

Lorsque le dollar canadien a atteint la parité avec le dollar américain, l’automne dernier, plusieurs ont poussé un soupir de soulagement. Après des années de vaches maigres (on se rappelle tous notre dollar à 62 cents US), nos biens importés allaient enfin nous coûter le même prix qu’aux États-Unis.

Ça va mieux

À certains égards, notre situation s’est beaucoup améliorée. En effet, on ne peut nier qu’une majorité de marchandises nous coûteraient beaucoup plus cher, n’eut été de la remontée du huard. Par exemple, alors que les Américains voient le coût de leur épicerie grimper à vitesse grand V, les Canadiens s’en tirent encore plutôt bien (voir le bulletin Actualis de mai). De même, toute personne qui magasine une voiture constate que certains biens ont vu leurs prix baisser considérablement. Selon les économistes, jamais en 50 ans n’a-t-on vu le prix de grosses marchandises comme les automobiles reculer aussi rapidement. Globalement, notre pouvoir d’achat s’est donc grandement amélioré.

Alors pourquoi cette impression que nous payons encore trop cher ?

Encore des différences

En deux minutes, un petit test non scientifique permet de voir que, malgré tout, plusieurs biens nous coûtent encore sensiblement plus cher qu’aux États-Unis, comme l’indique le tableau suivant. Notre dollar étant à 0,98 $  US au moment de ce relevé, on s’attendrait à une différence d’environ 2 %.

Prix de certaines marchandises sur les boutiques en ligne
canadienne et américaine d’un même commerçant

 

États-Unis

Canada

Différence

iPod Touch 32 gig

499,00 $

519,00 $

+ 4 %

Téléviseur Sony Bravia 32 po.

699,99 $

849,99 $

+ 21 %

Dreams from my father, par Barack Obama

17,13 $

18,56 $

+ 8 %

Hard Candy, de Madonna

9,99 $

13,99 $

+ 40 %

Veston de jeans Levi’s

20,00 $

45,94 $

+ 130 %

Perceuse Makita

201,00 $

249,00 $

+ 24 %

Ce printemps, un groupe de protection des consommateurs, Option Consommateurs*, a effectué un relevé beaucoup plus poussé. Conclusion de son enquête : à l’exception des appareils électroniques, les Canadiens payent leurs biens étonnamment plus cher que les Américains. Même les automobiles, qui ont pourtant baissé de prix, demeurent plus chères qu’aux États-Unis.

Différence de prix par catégorie de produit

 

Aux États-Unis, les produits sont moins chers de…

Vêtements

43 %

Jouets

34 %

Appareils ménagers

22 %

Accessoires décoratifs

14 %

Automobiles

10 %

Appareils électroniques

- 4 %

Source : Option Consommateurs et magazine JE

Pourquoi ?

Le Retail Council of Canada explique le phénomène par le fait que les grands détaillants construisent leurs inventaires jusqu’à 12 mois à l’avance. En conséquence, plusieurs marchandises ont été achetées avant que le dollar n’atteigne des sommets. (C’est là un argument contesté par plusieurs, qui se demandent à quoi servirait alors le fameux principe du just-in-time). Selon le Conseil, le « coût des affaires » – main-d’œuvre, transport, etc. – serait également plus élevé au Canada, ce qui se traduit dans les prix.

En fait, il est vrai qu’on ne peut lier le prix de nos marchandises à la seule valeur du huard par rapport au billet vert. D’autres facteurs sont en jeu, notamment l’origine des marchandises qui entrent dans la composition des biens. Par exemple, avec la force de l’euro face aux deux principales devises nord-américaines, il serait étonnant que le cuir italien devienne beaucoup plus accessible.

* Enquête d’Options Consommateurs, en collaboration avec le magazine télévisé JE.

Une partie inégale

Il faut savoir aussi que le commerce n’est pas soumis aux mêmes contraintes chez nous et chez l’Oncle Sam. Considérons seulement les frais de douane : une paire de bottes à embout d’acier est soumise à des droits de 17,5 % lorsqu’elle est importée au Canada. Aux États-Unis, ces droits ne sont que de 8,5 %. Idem pour un baladeur numérique : des droits de 5 % au Canada – mais aucun aux États-Unis.

Que faire alors ? Comme toujours, nos devoirs. Si on soupçonne que le prix d’une marchandise est inéquitable, il faut faire des recherches, notamment sur Internet, pour en avoir le cœur net. Ce n’est pas une tâche facile, cependant. Si on commande en ligne, notamment, il ne faut pas oublier les éventuels frais de livraison et les taxes à l’importation.

Dans le cas où un produit serait vraiment trop cher au Canada, il reste toujours le magasinage au sud de la frontière. Quoique, à 1,50 $ le litre d’essence…