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Juin 2018

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Parler argent dans la famille

Parler argent dans la famille

À mesure que l'actif d'un ménage s'accroît, la question se pose : à quel point devrait-on être transparent envers les enfants et discuter de questions d'argent avec eux ?

Aborder des questions d’argent en famille peut sembler facile quand il s’agit simplement de la caisse scolaire des enfants ou de leur allocation hebdomadaire. Cependant, lorsqu’il est question des revenus et de l’avoir financier des parents, il semble que la chose soit plus délicate.

Comme le suggère une enquête rapportée par le New York Times, la fortune et l’aisance financière demeureraient tabous chez une majorité de particuliers.

Parler argent dans la famille

Pourtant, il pourrait y avoir de bonnes raisons d’aborder ces sujets, et des façons productives de le faire. Voici quelques balises à cet égard.

  1. Cet avoir pourrait être à eux un jour
    La première raison pour laquelle un certain degré de transparence pourrait être approprié est que, à moins que vous ayez l’intention de déshériter vos enfants, votre actif leur sera probablement transmis, en tout ou en partie, à votre mort. Or, des études montrent qu’environ le tiers des héritiers dilapideraient leur héritage dans les années immédiates qui suivent sa transmission. Un certain niveau de dialogue lorsqu’ils atteignent un âge approprié pourrait aider à prévenir cette situation.
  2. Transmettre aussi des valeurs
    Plusieurs particuliers qui disposent d’un patrimoine important nourrissent le désir de « redonner à la société » en soutenant concrètement certaines causes. Si c’est votre cas, cela pourrait être une raison de faire preuve d’un certain degré de transparence auprès de vos enfants, en les impliquant dans le choix des causes à soutenir et dans l’établissement du montant des dons. Certains conseillers proposent également d’inviter les enfants à gérer eux-mêmes un petit budget philanthropique à même l’allocation que vous leur versez. Au-delà du capital, vous pourriez les initier ainsi, graduellement, à la notion de responsabilité.
  3. Sommes-nous riches ?
    Quant à savoir à partir de quel âge les questions financières devraient être abordées en famille, les conseillers en sécurité financière et représentants en épargne collective estiment généralement que les enfants en savent plus à ce sujet que ce qu’imaginent les parents : ils relient entre eux les points qu’ils connaissent – par exemple le prix de la voiture de papa ou maman, le quartier où ils vivent, les droits de scolarité de leur école, etc. Cependant, il pourrait leur manquer le contexte pour développer une compréhension adéquate. Si un enfant demande un jour « Sommes-nous riches ? », on recommande donc de ne pas éviter la question, mais de l’orienter de façon plus générale en amenant l’enfant à préciser ce que signifie « être riche » pour lui. On pourrait ainsi ouvrir la discussion sur les valeurs, les projets et les objectifs non monétaires que l’argent permet d’atteindre.
  4. Une occasion de favoriser la littératie financière de ses enfants
    Comme on le sait, la littératie financière, c’est-à-dire la capacité des particuliers à connaître, comprendre et gérer avec confiance les outils financiers qui leur sont offerts, demeure un enjeu important au Canada. Les parents qui disposent d’un certain actif ont une opportunité d’exposer graduellement leurs enfants à des réalités financières complexes comme les placements, le rendement composé ou encore le risque – même s’ils n’ont encore qu’un emploi d’étudiant ou une simple allocation de dépenses.
  5. Se faire aider
    À mesure que leur patrimoine croît, les parents envisageront généralement des stratégies pour, notamment, atténuer la facture fiscale lors d’un transfert d’entreprise, s’ils sont entrepreneurs, ou d’un décès. Ces stratégies complexes, par exemple une fiducie ou une fondation, pourraient impliquer la famille. Le recours à son conseiller en sécurité financière, son représentant en épargne collective et à d’autres professionnels pourrait aider à mettre en place ces stratégies et, éventuellement, à les expliquer aux enfants lorsqu’ils seront en âge de comprendre.

On estime qu’au cours de la prochaine décennie, un actif total de 750 milliards de dollars sera transmis d’une génération à l’autre au Canada, ce qui est 50 % de plus que lors de la décennie précédente. Des recherches démontrent cependant qu’en moyenne, 70 % des familles avec un actif élevé voient celui-ci fondre complètement dès la deuxième génération, et 90 % à la troisième. Que ce soit pour préserver ce que vous avez bâti pendant des années ou simplement aider vos enfants à bien démarrer dans la vie, briser le tabou de l’argent avec eux pourrait donc être un excellent service à leur rendre.

 

Les sources suivantes ont été utilisées dans la rédaction de cet article.
Financial Post, « Bequest boom': Canadian parents will pass on $750 billion to kids over next decade », 7 juin 2016
Forbes, « The 5 Most Important Money Lessons To Teach Your Kids », 15 octobre 2013.
HEC Montréal, « Parlez-vous finances ? » , 3 novembre 2017.
Market Watch, « One in three Americans who get an inheritance blow it », 3 septembre 2015.
Morgan Stanley, « Opening Pandora's Box ».
The Balance, « How to teach kids about charity », 9 juin 2017.
The Globe and Mail, « A big fear for wealthy families: spoiled kids », 27 juin 2017.
The New York Times, « Why Affluent Parents Clam Up About Their Incomes », 24 juin 2015.
The Star, « How the wealthy talk to their children about money », 3 juin 2017.
Time, « 70% of Rich Families Lose Their Wealth by the Second Generation », 17 juin 2015.