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Qui donc aidera les aidants ?

Qui donc aidera les aidants ?

Avec le vieillissement de la population, de plus en plus de personnes deviennent chaque année, bien malgré elles, des « aidants naturels » – avec le fardeau humain et financier que cela représente. Mais qui donc aidera ces aidants ?

Vous aidez un proche parent à prendre soin des tâches quotidiennes ? Vous n’êtes pas seul : le nombre de personnes ayant besoin de soins de longue durée augmente sans cesse au Canada et, comme les ressources financières ne sont pas toujours au rendez-vous, celui des proches aidants augmente aussi. Selon Statistique Canada, plus de 3,8 millions de personnes de 45 ans et plus prodigueraient des soins à des personnes âgées. C’est le tiers de ce groupe d’âge !

Un phénomène qui pourrait interpeller les individus, l’État et peut-être même les employeurs.

Tous concernés

Pourquoi ? Qu’il s’agisse de transport, de ménage, de repas ou de soins, la plupart des aidants se consacrent à leurs responsabilités pendant plus d’une année. Dans un cas sur 10, l’aide représente plus de 30 heures par semaine ! Selon le Conference Board du Canada, cette charge aurait représenté environ 1,5 milliard d’heures de travail en 2012 seulement, si elle avait été assumée dans le système de santé.

À l’aide !

Or il semble que ces milliards d’heures se traduisent par un effet doublement préoccupant: d’une part, la sécurité financière des aidants est souvent mise en péril et, d’autre part, leur situation professionnelle devient aléatoire, ce qui déstabilise aussi leurs employeurs. Pas étonnant, en ce sens, que le Plan d’action économique 2014 du gouvernement fédéral prévoie un régime de soutien des employeurs aux aidants naturels, pour maximiser la participation de ces derniers au marché du travail.

Peu d’entreprises, en effet, n’ont pas eu à composer avec les coûts du phénomène, sous la forme d’absences prolongées, de pertes de productivité, ou encore de remplacement et formation de la main-d’œuvre. Et certaines commencent à réagir. Le journal Le Monde rapportait récemment qu’en Europe, de plus en plus d’employeurs offrent un soutien aux « salariés aidants », par exemple sous la forme d’un service mettant les employés en lien avec des ressources juridiques ou de l’aide à domicile. Au Canada, certaines entreprises offriraient de la formation et des ateliers, voire des programmes encadrant l’absence prolongée des employés. C’est notamment le cas d’une grande société pharmaceutique qui permet à un employé « aidant » de s’absenter jusqu’à 13 semaines en deux ans, parfois avec salaire.

En attendant…

En attendant une solution globale, les options demeurent limitées : puiser dans ses vacances, réduire son temps de travail, quitter son emploi pour une période indéterminée. En 2012, près de la moitié des aidants auraient réduit leur temps de travail de plus de 15 heures par semaine. Heureusement, les différents gouvernements offrent certaines formes de soutien financier, dont les suivantes :

  • les prestations de compassion
    Les personnes admissibles à ce programme, qui relève de l’assurance emploi, peuvent recevoir des prestations pendant au plus six semaines. Celles-ci peuvent être versées en totalité à une seule personne ou partagées entre plusieurs membres d’une même famille.

  • les crédits d’impôt
    Des crédits d’impôt sont disponibles à la fois pour l’aidant et pour la personne aidée. Les aidants peuvent utiliser ceux-ci, par exemple, pour l’embauche d’aides familiaux ou l’adaptation d’un logement. Les personnes aidées, quant à elles, pourraient notamment avoir droit à un crédit pour déficience grave et prolongée.

Le hic, c’est que les aidants semblent n’utiliser que très peu ce soutien financier. Manque d’information ? Manque de temps ? Difficile d’être aidé quand on est un aidant !

Responsabilité collective ou personnelle ?

Le défi des soins de longue durée risque de devenir de plus en plus aigu, et on est sans doute loin du moment où toutes les parties concernées concerteront leurs efforts pour mieux soutenir les aidants. C’est ce qui pourrait expliquer en partie la popularité de certaines approches de sécurité financière, comme l’assurance soins de longue durée, depuis quelques années.

Une solution individuelle à un défi collectif ? À tout le moins, peut-être, une façon de se protéger soi-même et de protéger ses proches, en attendant une approche plus globale pour… aider les aidants.