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Quand le huard plonge...

Quand le huard plonge...

Alors qu’on s’apprête à voir les oiseaux migrateurs remonter vers nos cieux, notre bon vieux huard, lui, pointe résolument vers le sud depuis plusieurs mois… Faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter ?

On a déjà vu des chutes plus prononcées,mais la réalité est indéniable : le dollar canadien est en baisse marquée par rapport à plusieurs autres devises, à commencer par le dollar américain et l’euro, depuis plus d’un an. En fait, il se négociait à environ 1,03 dollar américain en septembre 2012, et il se situait à environ 0,91 dollar au début de mars dernier.

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Le niveau actuel est encore nettement plus élevé que celui d’à peine 0,62 dollar atteint en 2002 – mais, néanmoins, plusieurs commencent à se demander combien de plus leur coûteront leurs vacances…

En fait, on devrait peut-être regarder aussi du côté de ses placements.

Cambistes malgré nous

Il n’est pas rare, en effet, qu’une personne ait au moins autant d’argent investi à l’étranger, par le biais de fonds communs de placement, qu’elle n’en dépense durant ses voyages chaque année. Or, l’année 2013 est venue illustrer de façon spectaculaire que le rendement qu’un épargnant canadien obtient sur ses placements à l’étranger (par exemple un fonds américain), est directement influencé par le cours des devises. Voyez :

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Comme on peut le voir, les rendements que nous avons obtenus l’année dernière sur nos placements américains et européens ont été « dopés » par la chute de notre dollar face au billet vert et à l’euro, mais celui obtenu sur la bourse japonaise a été grugé de pas moins de 20 % en raison de la chute du yen.

Bref, quand les variations des devises sont aussi prononcées, nul besoin d’être cambiste pour participer au marché du change étranger.

Spectaculaire à court terme…
mais moins prononcé à long terme

Le phénomène s’explique par le fait que, bien que nous achetions généralement nos fonds de placement en dollars canadiens, les gestionnaires, eux, effectuent leurs achats à l’étranger en devises locales. Lorsque leurs rendements sont retraduits en dollars canadiens, ils incorporent donc l’effet des variations des devises durant la période visée. Par exemple, un fonds de placement américain qui enregistrerait un rendement nul alors que le dollar canadien perdrait de sa valeur… vous offrirait quand même un rendement positif en dollars canadiens. Et vice-versa, bien entendu.

Ainsi, durant les années 1990, alors que le dollar canadien ne cessait de chuter, les investisseurs canadiens ont profité de rendements bonifiés… Le phénomène s’est ensuite inversé à partir de 2003 quand le dollar s’est dirigé vers la parité. Selon une étude de RBC Asset Management, bien que le phénomène ait un effet direct sur les rendements à court terme, son ampleur aurait tendance à s’atténuer sur de longues périodes. Raison pour laquelle, sans doute, on estime généralement qu’il est plutôt spéculatif, pour un investisseur moyen, de gérer ses placements en fonction de l’évolution présumée du cours des devises. Il faut savoir aussi que certains gestionnaires de fonds appliquent des techniques de couverture pour atténuer l’effet de ces variations.

Et… pour le reste ?

Cela dit, le débat se poursuit entre les économistes sur les effets plus globaux de la chute du dollar sur l’économie. D’un côté, on rappelle qu’un dollar faible favorise les entreprises exportatrices. D’un autre côté, on souligne que celles-ci sont aussi, souvent, de grandes importatrices de biens et de technologies. Si vous travaillez pour une telle entreprise, sachez donc que le débat reste ouvert.

Un autre débat porte sur le coût des marchandises importées. En 2008, alors que le dollar approchait de la parité, plusieurs consommateurs s’étonnaient de voir beaucoup de produits courants demeurer plus chers qu’aux États-Unis. Comme le suggère le tableau ci-dessous, on pourrait assister en partie au phénomène inverse aujourd’hui. Il semble que le prix de plusieurs marchandises ne suive l’évolution des devises qu’avec plusieurs mois de retard.

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Quant aux voyages, c’est la partie la plus facile de la question ! Oui, nos  vacances dans des pays dont la devise a monté nous coûtent déjà plus cher, et elles nous coûteront de plus en plus cher si le huard continue de chuter.

Bref, vaut-il mieux un dollar en chute ou un dollar en hausse ? Que diriez-vous d’un dollar stable ?