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Santé, prospérité et… mieux-être ?

Santé, prospérité et… mieux-être ?

En début d’année, on adresse souvent ses meilleurs vœux en soulignant que la santé demeure le bien le plus précieux. Au fait, connaissez-vous l’indice canadien du mieux-être ? Coup d’œil sur le petit frère méconnu du PIB.

Question : sommes-nous nécessairement « mieux » lorsque l’économie se porte bien ? Le plus récent rapport du Réseau de l’indice canadien du mieux-être offre une réponse surprenante à cette question. Voyez :

Plus riches, mais pas plus heureux ?


Comme on peut le constater, le niveau de vie économique des Canadiens, tel que mesuré par le produit intérieur brut (PIB), a crû de près de 29 % entre 1994 et 2010. Mais dans le même temps, la qualité de vie des Canadiens, elle, telle que mesurée par l’indice canadien du mieux-être (ICME), ne se serait améliorée que d’environ 6 %. Plus encore : au pire de la dernière récession, alors que le PIB reculait de 8 points, l’ICME, lui, dégringolait de 24 points ! Serait-ce donc que l’argent ne fait pas le bonheur ?

En fait, c’est un peu plus compliqué.

Un autre regard sur notre réalité

L’ICME est un indice composite créé dans les années 2000 par un réseau de chercheurs pour offrir une vision plus nuancée du niveau de vie des Canadiens. Ce réseau a ses bureaux à l’Université de Waterloo et a commencé à publier ses rapports en 2009. L’indice qu’il a mis au point est constitué de 64 indicateurs liés à la qualité de vie des populations, regroupés en huit catégories :

  • dynamisme communautaire
  • participation démocratique
  • éducation
  • environnement
  • santé des populations
  • loisir et culture
  • niveaux de vie
  • aménagement du temps (c’est-à-dire la capacité de conserver un équilibre dans son emploi du temps).

PIB vs ICME

Le PIB, en revanche, est un indice qui reflète la valeur totale des biens et services produits au pays sur une période donnée, sans égard à leur effet sur la qualité de vie. Par exemple, une hausse des ventes de tabac, ou encore des dépenses liées aux catastrophes naturelles, à la criminalité ou aux accidents influencera positivement le PIB, mais négativement l’indice du mieux-être.

Le PIB demeure donc une mesure quantitative incontournable de notre vitalité économique, alors que l’ICME permet de voir, d’un point de vue plus qualitatif, comment celle-ci se traduit concrètement dans la vie des citoyens.

Niveaux de vie

Alors pourquoi donc l’ICME a-t-il chuté trois fois plus que le PIB à la fin des années 2000 ? Les chiffres suivants en donnent une idée.

Où est le problème ?


Sans surprise, c’est la catégorie « niveaux de vie » qui a le plus écopé au cours de cette période de ralentissement économique, une détérioration que les chercheurs précisent de la façon suivante :

  • la sécurité économique a diminué (-6,4 %);
  • le taux d'activité également (-3,0 %);
  • la qualité des emplois s’est appauvrie (-2,0 %);
  • et, surtout, le pourcentage de la main-d’œuvre sans emploi pour une longue durée a augmenté de manière significative (+ 41,7 %).

Évidemment, les indicateurs mesurés par l’ICME ne sont pas ressentis de manière égale par tous les citoyens : que l’indice chute ou monte en flèche, vous ne serez pas nécessairement plus ou moins heureux personnellement. En revanche, si de plus en plus de citoyens rognent sur leurs vacances pour assurer leur niveau de vie ou encore voient leur accès à des soins de qualité se rétrécir, cela sera reflété dans l’ICME. L’indice permet donc de mettre en perspective les données économiques en expliquant pourquoi, par exemple, le climat social demeure parfois morose alors que la croissance est au rendez-vous. Il permet aussi de mieux mesurer les défis qui nous attendent comme société au-delà de la seule prospérité économique.

Bref, oui, tous nos vœux de santé de prospérité et de mieux-être pour 2014 !