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YOLO : les dessous d’une tendance

YOLO : les dessous d’une tendance

Vous l’avez entendue ou lue, et peut-être même écrite vous-même dans une discussion sur les réseaux sociaux : l’expression YOLO (« you only live once ») est devenue une sorte de justification pour ne penser qu’au présent… Mais pour certains, c’est peut-être plus qu’un terme à la mode.

Lorsqu’il l’a utilisée dans une chanson en 2011, le rappeur Drake ne s’attendait sûrement pas à ce qu’il ait une telle résonance. Depuis, l’acronyme YOLO s’est répandu comme une traînée de poudre, en particulier sur les médias sociaux. Vous faites une folle dépense ? YOLO. Vous partez dans le sud plutôt que de cotiser à votre REER ? YOLO.

De plus en plus, cependant, les sociologues associent l’expression au groupe des 18-25 ans, un groupe très actif, justement, sur les réseaux sociaux et qui compose en partie ce qu’on appelle souvent la génération « Y ». Mais de Y à YOLO, le glissement pourrait bien avoir une explication purement économique. Voyez :

Un marché de l'emploi précaire chez les jeunes


L’après 2008

La crise financière de 2008, encore elle, semble en effet avoir frappé cette partie de la génération Y plus durement que les autres tranches d’âge. Malgré des perspectives à long terme plutôt positives sur le marché de l’emploi, avec le départ à la retraite de millions de baby-boomers, ces jeunes sont confrontés à des défis à court terme importants. Selon Statistique Canada, les 15-19 ans et les 20-24 ans sont les deux segments de la population pour lesquels le marché de l’emploi est resté le plus fragile après la crise, avec des taux de chômage de 20,1 % et de 11 % respectivement. Ces statistiques permettent de penser qu’ils ont de la difficulté à obtenir un emploi stable dans leur domaine et que les impératifs immédiats prennent le pas sur leurs projets d’avenir, notamment sur toute planification financière. Selon le site RateSupermarket.ca, un diplômé d’aujourd’hui pourrait même prendre, en moyenne, pas moins de 14 ans pour rembourser sa dette d’études.

La tentation YOLO

Un sondage mené récemment par Environics Research Group pour une grande institution financière canadienne révèle que la génération Y, plus que les générations précédentes, et en particulier celle du baby-boom, s’estime confrontée à des défis à court terme considérables. Voyez par vous-même :

Dur, dur d'être un Y


Pas étonnant, dans ce contexte, que cette génération se distingue des précédentes par son attitude face à l’épargne et à l’investissement. Un autre sondage, commandé par la firme de gestion d’actif MFS, indique d’ailleurs que plus de la moitié d’entre eux estiment qu’ils ne seront jamais à l’aise avec les placements boursiers à long terme.

Au fond, si le présent est bloqué, pourquoi penser à l’avenir ? YOLO !

Peut-être pas si YOLO, au fond

De nombreux médias ont souligné le penchant des Y pour les gadgets électroniques et les voyages, soulignant que ces préférences pourraient témoigner d’une recherche incessante de « gratification instantanée » par cette génération qualifiée aussi, parfois, de narcissique.

Mais il y a peut-être une autre explication. Comme le font remarquer la firme Gartner et le site d’analyse économique 24/7 Wall St., elle pourrait bien, simplement, délaisser les produits de consommation qui ont la cote chez les X et les boomers – notamment l’automobile, les journaux imprimés et la télévision – pour déplacer ses priorités vers des produits et des activités plus en lien avec le contexte économique actuel. Elle préférerait investir dans le développement individuel, les relations interpersonnelles et les réseaux… ce qui pourrait se traduire, finalement, par de meilleures perspectives à long terme. Un REER ? Après !

Si tel était le cas, la mode du YOLO pourrait bien n’être qu’une façon de composer avec humour avec un présent plus difficile que prévu… sans pour autant perdre de vue les défis à long terme qui attendent au tournant.

La réponse dans quelques années !