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Joyeuses fêtes, joyeux crédit

Joyeuses fêtes, joyeux crédit

Peu importe l’état de l’économie, les Canadiens trouvent toujours le moyen d’acheter leurs cadeaux, décorations et autres incontournables du temps des fêtes. Est-ce la magie des célébrations… ou celle de la carte de crédit ?

Avez-vous prévu réduire vos dépenses du temps des fêtes cette année ? Les données des 10 dernières années confirment une tendance qui mettra votre résolution à rude épreuve : non seulement décembre demeure le mois où l’on consomme le plus, mais aussi, d’une année à l’autre, le temps des fêtes nous coûte de plus en plus cher.

Jugez-en par vous-même :

Marchandises vendues au détail au Canada


Selon les chiffres de Statistique Canada (Enquête sur les détaillants majeurs), en décembre 2011 seulement, les dépenses des consommateurs canadiens ont atteint le niveau record de 13,9 milliards $ en aliments et boissons, articles de soins personnels, vêtements, chaussures, ameublement et appareils électroniques. C’est 4,5 milliards $ de plus que la moyenne des 11 autres mois de l’année.

Emprunter pour donner

Quant à lui, le Conseil canadien du commerce de détail estime à 3 % la hausse des ventes d’articles durant la période des fêtes de 2011 comparativement à l’année précédente. Moneris Solutions, la plus importante entreprise de traitement de paiements au Canada, a quant à elle mesuré une augmentation de 4,64 % des achats sur cartes de crédit et de débit.

En d’autres mots, on dépense de plus en plus pour faire ses cadeaux… mais aussi, il est probable qu’on emprunte de plus en plus pour le faire. Le phénomène laisse les économistes perplexes : en ces temps de ralentissement économique, pourquoi diable augmenter ses dépenses de consommation ? Sans doute parce que les taux d’intérêt demeurent à des niveaux historiquement très bas – « acheter maintenant, payer plus tard » ne coûte pas si cher, après tout – et aussi, peut-être, pour des raisons altruistes : un cadeau n’a jamais autant de valeur que lorsqu’il demande un certain sacrifice de la part du donateur.

Ce qui expliquerait probablement un autre phénomène : selon Moneris Solutions, l’année dernière, le montant des dons de charité faits sur carte de crédit a été près de 8 % plus élevé dans le temps des fêtes que dans le reste de l’année.

Comme la malbouffe ?

Évidemment, la période des fêtes est aussi ce moment privilégié de l’année où l’on dépense pour soi : appareils électroniques, mobilier, voyages, restaurants… sans compter toutes les réceptions. Bref, toutes ces gâteries dont on s’est privé le reste de l’année.

Les données de la firme TransUnion, spécialisée dans le crédit à la consommation, sont éloquentes à cet égard : alors que la dette des ménages serait plutôt sous contrôle le reste de l’année, elle monterait en flèche à l’approche des fêtes de fin d’année. Le phénomène n’est pas sans rappeler ces saines habitudes alimentaires et d’exercice physique que l’on se fait un devoir d’adopter pendant 11 mois et demi… avant de tout laisser aller pendant deux semaines.

Résultat : une majorité de Canadiens souffriront encore d’embonpoint financier au début de l’année prochaine et devront renouer avec les saines habitudes de vie qu’ils avaient avant les fêtes. Bonne nouvelle, tout n’est pas inquiétant à cet égard : toujours selon TransUnion, on aurait observé en 2012 une diminution des défauts de paiement au Canada. Ces données corroborent une enquête de 2011 de Strategic Counsel, qui révélait que 64 % des Canadiens remboursaient la totalité du solde de leur carte de crédit chaque mois, et que 93 % de ceux qui ne le faisaient pas versaient tout de même une somme supérieure au montant minimum requis.

Au gym, la carte de crédit !

Rappelons néanmoins que, selon Statistique Canada, la dette totale des ménages canadiens a atteint 163,4 % du revenu disponible à la fin du deuxième trimestre de 2012. La dette à la consommation (qui exclut les hypothèques), atteignait quant à elle 26 221 $ par personne, en moyenne, au mois d’août dernier, et elle est toujours en hausse.

Bref, peut-être vaut-il mieux se préparer à l’inévitable au retour des fêtes : le gym et la discipline – pour nous comme pour nos portefeuilles.