En bref

À trois, vos paupières vont s'alourdir...

Pas besoin d'hypnotiseur pour nous endormir lorsque nos nuits sont trop courtes ! Ce serait le cas de nombreux travailleurs. Et ça commence à faire parler les... économistes.

Avez-vous passé de bonnes vacances ? En avez-vous profité pour combler votre déficit de sommeil ? Malheureusement, il se pourrait bien que ce ne soit pas assez. Du moins si vous êtes comme la majorité de vos concitoyens et souffrez d'un manque chronique de sommeil. Et si vous avez fait un peu de route cet été, eh bien... lisez ceci jusqu'à la fin.

Une tendance lourde...

On entend de plus en plus parler des conséquences du manque de sommeil sur la santé, la sécurité et la performance au travail. Aux États-Unis, une fondation - la National Sleep Foundation - et une commission du Congrès ont même été formées pour cerner le phénomène. L'Américain moyen dort environ 7,5 heures par nuit, alors que la médecine lui prescrirait plutôt 8 heures et 15 minutes. En fait, 40 % des travailleurs dormiraient moins de sept heures par nuit durant la semaine. Comment se traduit ce déficit d'un peu plus d'une heure ? Faisons le calcul : 48 semaines de travail par année X 5 jours X 1,25 heures = 300 heures. L'équivalent d'environ... 36 nuits normales.

Inutile de penser rattraper ça durant les vacances !

Zzzzzzzzzzzz...

Les études sur le phénomène se multiplient depuis une vingtaine d'années. Par exemple, on a montré que le manque de sommeil produisait un changement dans la capacité de métaboliser le sucre qui s'apparente au diabète, ou encore qu'il favorisait l'obésité. Une autre étude indique que des personnes qu'on limitait pendant deux semaines à six heures de sommeil par nuit se retrouvaient avec la même performance au travail que si elles avaient carrément passé 24 heures sans dormir. Et l'impact économique serait considérable : plus de 100 milliards de dollars par année aux États-Unis seulement. De quoi faire perdre le sommeil à un économiste.

Ce n'est pas tout. Certains exemples font froid dans le dos. En avril dernier, un avion a dû tourner autour de l'aéroport de Reno (Nevada) pendant 15 minutes avant de pouvoir atterrir parce que le contrôleur aérien s'était endormi à son poste. Il s'agissait d'un cinquième cas, ce qui a amené la National Sleep Foundation à publier un communiqué réclamant des correctifs des autorités.

Plus près de notre quotidien, un journaliste français spécialisé dans l'automobile a réalisé l'année dernière un test ingénieux. Il a fait le trajet Paris-Nice branché à des appareils mesurant son degré d'éveil. Après tout juste trois heures de route, l'appareil avait déjà enregistré deux phases de somnolence, dont une de deux minutes, sans que le conducteur l'ait même réalisé. Et au bout de son parcours, c'est l'équivalent de 24 kilomètres qu'il avait passé au volant dans un état plus proche du sommeil que de l'éveil !

Reconquérir la nuit

Même s'il ne révèle pas nécessairement que notre conducteur souffrait d'un déficit de sommeil, ce petit test montre combien il est facile de ne pas être conscient des moments où notre corps réclame du sommeil - sans nécessairement l'obtenir.

Mais nous aurions peut-être tout intérêt à le réaliser, pour notre bénéfice personnel aussi bien que collectif... Sur ce, bonne nuit !