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Budget du Québec 2011-2012
Les années d’austérité

Le gouvernement québécois avait annoncé ses couleurs il y a deux ans : les prochaines années seront des années d’austérité pour les contribuables québécois. Et si nous avions le moindre doute, le budget 2011-2012 vient de le dissiper.

Difficile de croire qu’il y a quelques années, les budgets de nos gouvernements nous annonçaient des réductions d’impôt ! Celui déposé jeudi dernier par le ministre québécois des Finances, M. Raymond Bachand, vient confirmer que nous sommes désormais dans un contexte d’après-crise. S’il contient des mesures économiques destinées à encourager la croissance, notamment le Plan Nord, sa priorité demeure clairement la recherche de solutions fiscales aux problèmes budgétaires de l’État québécois, principalement :

·         le contrôle des finances publiques ;

·         le financement des retraites ;

·         et le financement des universités.

Voyons en détail ce que cela signifie pour notre porte-monnaie.

Contrôle des finances publiques

On les a peut-être oubliées, mais les mesures annoncées l’an passé sont toujours au programme :

·         hausse de 1 ¢ le litre d’essence par année ;

·         hausse de la contribution santé à 100 $ en 2011 et 200 $ en 2012 ;

·         hausse additionnelle de 1 % de la TVQ, qui passera à 9,5 % en 2012.

Le dernier budget n’ajoute aucun nouvel impôt. Reste que, mine de rien, si vous avez deux enfants et un revenu familial dans les 75 000 $, vous serez moins riche de 1 000 $ en 2012. Et votre voiture neuve de 30 000 $ vous coûtera à elle seule près de 650 $ de plus à l’achat.

Lors de l’annonce de ces mesures, le ministre avait expliqué que cette contribution des citoyens québécois à l’élimination du déficit serait accompagnée par une contribution plus importante de l’État lui-même, sous la forme d’un contrôle des dépenses. Celles-ci ayant encore augmenté, le retour au déficit zéro dans deux ans demeure un objectif peut-être réalisable mais sans nul doute ambitieux.

Financement des retraites

Nous l’avons tous entendu : à moins d’agir maintenant, le bas de laine des Québécois, le Régime de rentes du Québec, sera vide dans 30 ans. Le budget agit des deux côtés du problème – à l’entrée et à la sortie :

·         à l’entrée, on ouvre le robinet ; on augmente les taux de cotisation des employés et des employeurs au rythme de 0,15 % par année de 2012 à 2018, après quoi les augmentations seront fonction d’un mécanisme d’ajustement ; à ce moment, si vous gagnez, par exemple, 40 000 $ par année, vous cotiserez 200 $ de plus par année au RRQ qu’aujourd’hui ;

·         à la sortie, on referme le robinet ; on augmente les « pénalités actuarielles » des travailleurs qui demandent leurs rentes du RRQ dès 60 ans et on bonifie la rente de ceux qui le font après 65 ans ; et pour nous motiver encore plus à rester au travail, on instaure un crédit d’impôt qui représentera jusqu’à 1 500 $ par année pour ceux qui auront encore des revenus de travail après 65 ans.

En outre, entre les deux, le gouvernement envisage de mettre en place un nouveau régime volontaire d’épargne-retraite, le RVER ; les contours de ce régime demeurent flous mais il semble s’apparenter à une sorte de REER collectif que les employeurs auront l’obligation de mettre en place.

Il est intéressant de noter que le Québec est loin d’être le seul État à faire face à une crise de son régime de retraite. Le quotidien français La Tribune rapportait vendredi que la France, où l’âge de la retraite est de 62 ans, était confrontée à un problème encore plus grand. Les solutions envisagées par l’OCDE pour nos cousins ? Relisez les trois points ci-dessus.

Financement des universités

Les étudiants trouvent la bouchée difficile à avaler, mais il semble que la cause soit entendue :

·         augmentation considérable des droits de scolarité pour l’éducation universitaire – à hauteur de 75 % sur cinq ans si le gouvernement maintient sa décision.

Les étudiants à faible revenu disposeront d’une aide plus substantielle mais, pour les autres, l’augmentation sera brutale : 325 $ de plus la première année… et 1 625 $ de plus dans cinq ans.

Il est vrai que cette augmentation ramène nos droits de scolarité au niveau où ils seraient si on les avait simplement indexés depuis 1968. Reste que… si vous avez des enfants aux études, il est peut-être temps de refaire vos calculs, puisque 1 625 $ de plus par enfant par année n’est pas une mince somme, surtout si on l’additionne aux autres augmentations résumées plus haut. La mesure entrera en vigueur à l’automne 2012.

À part ça ?

Outre ces mesures, le budget contient quand même de bonnes nouvelles, notamment les suivantes :

·         élargissement de l’accès au crédit d’impôt remboursable pour les aidants naturels ;

·         instauration en 2012 d’un programme de rabais à l’achat d’un véhicule écoénergétique, qui remplacera le crédit d’impôt actuel ; le rabais sera fonction de la capacité de la batterie de la voiture ;

·         pour les entreprises, mise en place de deux fonds visant à favoriser le démarrage et la relève ;

·         et bien sûr, modification du régime de redevances pour l’exploitation des gaz de schiste.

Des temps nouveaux

Ce budget confirme donc clairement que nous sommes entrés dans une nouvelle ère où tous les citoyens doivent s’attendre à contribuer davantage au financement de l’État et à réviser en conséquence leurs projections financières personnelles.

Sans vouloir insister… Le temps est peut-être tout indiqué pour une petite conversation avec votre conseiller en sécurité financière.