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Marché obligataire : l’heure est à la patience

Avec la remontée prévue des taux d’intérêt, plusieurs épargnants s’apprêtent à faire une découverte singulière : les obligations aussi peuvent perdre de la valeur.

On l’a vu l’année dernière : quand les marchés boursiers se font malmener, les fonds d’obligations, constitués de titres réputés moins risqués que les actions, gagnent en popularité. En 2009 seulement, dans un réflexe de prudence, les Canadiens ont investi plus de 11 milliards de dollars dans de tels fonds.

Et voilà qu’ils s’apprêtent peut-être à voir ce placement perdre de la valeur ! Voyons pourquoi.

Comme une balançoire

Les obligations font partie d’une catégorie de placement qui porte un nom un peu trompeur : les titres à revenu fixe. Le nom indique bien que ces titres procurent à l’investisseur un revenu prédéterminé, assorti du remboursement du capital à un moment également prédéterminé. Un gestionnaire de fonds d’obligations peut ainsi acheter, par exemple, des obligations gouvernementales arrivant à échéance en 2013 et portant un taux d’intérêt annuel de 2,85 %. Ce que le nom ne dit pas, cependant, c’est qu’entre-temps, ces obligations qu’il inclut dans son portefeuille peuvent fluctuer en valeur. Et ce qui fait fluctuer cette valeur, c’est l’évolution de taux d’intérêt.

Les taux d’intérêt et la valeur des obligations, en effet, sont un peu comme les balançoires de notre enfance : quand l’un monte, l’autre baisse.

Taux d'intérêt et valeur des obligations

La logique est simple : si les taux d’intérêt grimpent, les nouvelles obligations qui seront émises porteront elles aussi un taux supérieur. Du coup, celles que les gestionnaires ont déjà dans leur portefeuille, surtout celles dont les échéances sont très éloignées, deviendront moins intéressantes sur le marché puisque leur rendement est inférieur à celles des nouvelles émissions : elles perdront donc de leur valeur, ce qui affectera le rendement du fonds qui les détient.

Pas un drame

Ces fluctuations du marché obligataire sont généralement bien moins prononcées que celles du marché boursier. En outre, elles sont généralement compensées en bonne partie par le revenu d’intérêt assuré par certaines des obligations du portefeuille et par la présence d’obligations d’entreprises, qui ont plutôt tendance à être liées au bilan de l’entreprise émettrice. Règle générale également, et à moins que les taux d’intérêt ne s’engagent dans une spirale incontrôlable, les fonds d’obligations finissent par se rétablir, de nouveaux titres portant un rendement plus élevé remplaçant graduellement les titres arrivant à échéance.

Néanmoins, il faut savoir que ces fluctuations existent : en 1994, par exemple, le marché obligataire canadien avait perdu, en moyenne, plus de 5 % de sa valeur. Comme l’illustre le graphique suivant, le marché obligataire est beaucoup moins calme qu’on l’imagine parfois.

Indice DEX du marché obligatoire canadien

À quoi s’attendre ?

Ceux qui s’attendaient  à réaliser de robustes rendements sur leurs fonds obligataires, cette année, seraient donc bien avisés d’envisager un scénario plus modeste, qui deviendra probable si les taux d’intérêt se mettent à monter. Et ceux qui comptaient encaisser leur placement devraient peut-être planifier leurs retraits en fonction de la volatilité anticipée du marché obligataire.

Pour illustrer ce genre de scénario, les experts utilisent souvent une règle approximative qui, à défaut d’être précise, peut donner rapidement une idée de ce à quoi s’attendre : celle de la durée de l’obligation, c’est-à-dire le temps requis pour récupérer le coût d’achat du titre. La logique est que plus la durée moyenne des obligations détenues dans un portefeuille est longue, plus ce portefeuille subira l’impact d’une remontée des taux. Par exemple, si la durée moyenne des obligations détenues dans un fonds est de quatre ans, une hausse de 1 % des taux d’intérêt devrait leur faire perdre approximativement 4 % de leur valeur. Et si on suppose par ailleurs que les titres inclus dans le fonds procureront un revenu de 4 %, alors le rendement net du fonds, cette année, sera de… 0 %.

La sécurité a un prix

Comme on peut le voir, en matière de placement, même les placements les plus sûrs ont un prix ! Mais il faut aussi savoir que, comme pour les actions, ce risque ne se matérialise réellement que si on se défait de son placement au pire moment du marché. Autrement, la patience finit toujours par récompenser l’investisseur obligataire.

Reste qu’avec la montée annoncée des taux d’intérêt, plusieurs investisseurs pourraient juger que c’est le bon moment, maintenant, de faire le point sur la composante obligataire de leurs portefeuilles.