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Bienvenue dans l’ère de la dette

Face à la crise financière et économique, les gouvernements du monde entier ont injecté des liquidités massives dans leurs économies. Aujourd’hui, ces milliards s’ajoutent à leur bilan… Bienvenue dans la nouvelle ère de la dette.

Vous connaissez la fable des quatre petits cochons ? Pas trois. Quatre : le Portugal, l’Italie, la Grèce et l’Espagne (Spain en anglais), que les économistes regroupent maintenant sous l’acronyme PIGS (cochons) en raison de leurs problèmes d’endettement. Et la fable va comme suit : d’abord les quatre petits cochons, puis le reste de l’Europe, le Japon, les États-Unis… Tous sur le point de crouler sous leurs dettes.

Est-ce que ça va si mal que ça ?

La réalité derrière la fable

Heureusement, le Canada ne fait pas partie du groupe. Il est même dans une position enviable par rapport aux autres pays développés, lui dont les finances publiques sont considérées comme exemplaires. Reste que les chiffres laissent perplexe. Étudiez le tableau suivant :

Dette brute du pays du G-20
En pourcentage du PIB
Pays200720092010
Afrique du Sud28,5 30,833,5
Allemagne63,478,784,5
Arabie Saoudite18,514,512,5
Argentine67,960,558,1
Australie9,816,922,7
Brésil66,868,565,9
Canada64,278,279,3
Chine20,220,222,2
Corée du Sud29,634,939,4
États-Unis61,984,893,6
France63,878,085,4
Grande Bretagne44,168,781,7
Inde 80,584,785,9
Indonésie35,131,531,2
Italie103,5115,8120,1
Japon187,7218,6227,0
Mexique38,47,847,9
Russie7,47,27,7
Turquie39,448,149,6

Source : Fonds monétaire international.

Comme on peut le voir, le Canada, qui s’en tire relativement bien, fait néanmoins partie des huit pays développés dont l’endettement frôlera ou dépassera les 80 % du PIB en 2010. En soi, un tel taux ne devrait pas inquiéter outre mesure. Après tout, si vous avez une dette de 100 000 $ et gagnez 100 000 $ par année (votre « PIB » personnel), votre taux d’endettement est aussi de 100 % : cela ne vous cause pas nécessairement du souci, surtout si cette dette correspond à un actif, par exemple votre maison.

Le problème, c’est quand votre endettement se met à croître hors de contrôle, et surtout beaucoup trop vite pour vos revenus. Et c’est précisément ce qui arrivera bientôt à plusieurs pays, incluant peut-être le Canada si les hypothèses de croissance du ministre Flaherty ne se matérialisent pas.

Hors de contrôle ?

La situation semble déjà hors de contrôle dans des pays comme le Japon, qui a augmenté son déficit budgétaire de 320 % pour enrayer la récession et dont la dette représentera 245 % du PIB d’ici cinq ans. Selon le Congressional Budget Office, même les États-Unis pourraient être engagés dans une spirale infernale : selon l’organisme, un Américain né cette année pourrait voir la dette du pays atteindre 800 % du PIB au cours de sa vie. Globalement, le ratio d’endettement de l’ensemble du G-20 pourrait être à 118,4 % en 2014, en hausse de 50 % sur 2007.

Tout se passe donc comme si, en rescapant un secteur privé en déroute, les gouvernements se sont trouvés à nationaliser des dettes devenues ingérables pour ce dernier. Dès lors, le problème devenait celui de tout le monde.

Et alors ?

Lorsqu’un débiteur privé devient insolvable, il conclut des arrangements avec ses créanciers ou déclare faillite. Dans une telle situation, un gouvernement, lui, est rarement acculé à la banqueroute. Cependant, pour préserver sa liquidité, il doit utiliser les leviers à sa disposition : augmenter les impôts et les tarifs de même que réduire ses dépenses.

À cet égard, le cas récent de l’Irlande fait froid dans le dos. Selon un rapport publié en juillet par le Special Group on Public Service Numbers, le pays devra, pour faire face à son endettement, couper 17 000 postes dans la fonction publique, réduire les dépenses liées à l’éducation de 8 %, l’assurance sociale de 5 %, l’aide à la petite enfance de 20 % et la sécurité publique de 7 %.

De telles mesures ont pour effet, généralement, de ralentir la croissance économique et, avec elle, celle des revenus de l’État. Pour un pays comme le Canada, qui parie sur la croissance, cela pourrait devenir un problème. Ajoutez dans l’équation une population active qui diminue et une population vieillissante de plus en plus coûteuse pour l’État, et vous avez une situation délicate à l’horizon. Certes pas l’apocalypse annoncée par les oiseaux de malheur, mais un vrai beau défi pour nos gouvernements.

Et vous, vos finances ?

En tant que contribuable, il serait donc sage de planifier en fonction de la probabilité que nos gouvernements nous demandent bientôt de contribuer intensivement à la réduction de leurs dettes et de leurs déficits. Le moment est particulièrement indiqué pour réévaluer son propre endettement et sa capacité de rembourser en toute situation. Ce pourrait être aussi un bon moment pour discuter avec son conseiller en sécurité financière et voir si le contexte actuel pourrait avoir une incidence sur la stratégie qu’on a adoptée.

Car, que nous le voulions ou non, nous venons tous d’entrer dans la nouvelle ère de la dette, et celle-ci risque de durer un bon moment !